Prévert et l’utilité de l’hypnose

9 Avr 2026

Essayer de comprendre l'intérêt et le fonctionnement de l'hypnose quand on est néophyte (la tête dans le guidon et un peu perdu dans les nombreuses propositions d'accompagnement au mieux-être) n'est pas chose aisée. Nous allons pourtant nous y employer dans les divers articles de ce blog et les oeuvres des peintres, poètes, sculpteurs surréalistes seront assurément d'une grande aide pour progresser dans cette aventure...

Tiens, tiens, tiens...

Je ne sais pas vous mais quand je découvre une liste d'applications aussi étendue que celle de l'hypnose, mon esprit (très très) critique tend à s'enflammer et sa pointe émergée, l'ironie, à pointer le bout de son nez en trompette - quand ce n'est pas un immense sentiment de lassitude.

Mais par quel miracle (!?) une seule et même pratique pourrait-elle, parmi d'autres contre-intuitions :

  • contribuer au développement des plus petits comme des plus âgés,
  • agir sur les symptômes du deuil comme ceux de l'hyper-activité,
  • mettre quelqu'un en mouvement tout en lui permettant de s'ancrer,
  • accompagner les personnes en période de maladie mais aussi au sommet de leur forme,
  • accompagner à arrêter de fumer, se remettre d'un burn out et préparer un examen ?

Pour tout cartésien qui se respecte, il y a baleine sous coquillage, anguille sous roche et raton laveur derrière éventail (1).

Qu'est-ce qui (dé)bloque ?

Ahhh, notre cerveau en mode de fonctionnement par défaut !

Ce grand champion de l'efficacité énergétique n'aime pas du tout, mais alors pas du tout les contradictions schrödingerienne (miaou !) (2), le mariage des contraires, cet en même temps des opposés, ces harmonies qu'il prend pour des dissonances (3) extrêmement peu confortables (pour ne pas dire particulièrement angoissantes) car elles mettent en pause, même pour 15 petites minutes chrono, les circuits bien amortis de sa recherche de cohérence et de sécurité - ne manquons pas de le remercier au passage pour cette capacité de scepticisme qui fait somme toute partie de notre attirail de survie.

Qu'est-ce qui (dé)bloque ?

Et Pourtant, pourtant - comme dirait Vanessa (4) -, il existe bel et bien un endroit, un espace, un état où l'on peut percevoir les correspondances, les liens, nos diverses possibilités d'orientation sans les opposer ni chercher à tout prix (psychique et énergétique) à les réconcilier.

Cet endroit, cet espace, cet état plus vaste que d'habitude - où pour la première fois depuis une éternité nous devenons capables d'envisager le et, où nous nous autorisons à combiner des opposés dans une même perception du monde, quoi qu'en pense le ou - cette terre de créativité nouvelle, vous l'avez deviné, c'est le lieu de l'hypnose (que je ne peux m'empêcher de me représenter comme les premières images du Monde Perdu de Conan Doyle ou de Jurassic Park - stade 1 de l'émerveillement, je précise, sans passer au stade 2 : "oh mon dieu un tirex n'a pas pris son petit déjeuner").

Tentative d'épuisement de l'hypnose comme état ET pratique

C'est peut-être cela que je répondrais en premier aux questions que l'on s'est tous posées sur les caractéristiques, les bénéfices, l'utilité ou l'intérêt de pratiquer l'hypnose développementale, qu'on la dise ericksonienne, humaniste ou nouvelle.

Je dirais que l'hypnose est une pratique de haute intensité créative et curative (HICC) qui nous permet d'accéder à l'hypnotope, ce lieu au-delà de la recherche de cohérence où nous sommes capables d'envisager sereinement, avec une saine distance, tout... et aussi son contraire, de les découvrir, de les observer, de les accueillir pour constituer notre liste à la Prévert des possibilités :

  • de vies,
  • de comportements,
  • d'idées,
  • de choix,
  • de réponses
  • et naturellement de ratons laveurs (5)

Le chemin vers la solution, pas la solution

Voilà pourquoi l'hypnose et la programmation neuro-linguistique ont tant de champs d'application. Ce que l'on s'ouvre par l'hypnose, ce n'est pas tant la boîte contenant LA réponse magique à la question que l'on se pose (ce serait bien mais ça ça n'existe pas), mais plutôt le champ de possibilités, l'éventail de nos options face à notre inconfort léger du jour ou à notre profonde douleur de toujours, quels qu'ils soient.

Un bouquet d'options qu'il sera toujours temps le moment venu de trier, de prioriser et de juger, en un mot de préférer (6)(merveilleuse aptitude de préférence chantée par Juju) à la lumière rassurante de notre puissance de détermination retrouvée.

Et ce moment viendra à point pour qui vient (d)étendre, le temps d'une séance, l'univers de ses possibles et ses possibles univers...

Pour aller plus loin 

  1. (re)lire l'Inventaire, le poème de Jacques Prévert comprenant ladite liste : https://www.artpoetique.fr/poemes/l_inventaire.php
  2. essayer de comprendre un bonne fois pour toute l'expérience du chat de Schrödinger : https://youtu.be/1hVm_SyUcwE 
  3. découvrir comment à émergé chez Léon Festinger le concept oh combien utile de dissonance cognitive
  4. écouter Pourtant, de Franck Monnet et Mathieu Chédid, par Vanessa Paradis
  5. cf note n°1
  6. lire les merveilleuses pages de François Roustang dans Qu'est-ce que l'hypnose ? à propos des expériences menées pour prouver la capacité de différenciation et de préférence du bébé humain, dès tout petit

Evidemment, quant on pratique l'hypnose, c'est pour recréer du mouvement, retrouver du champ d'action, défiger quelque chose qui fait barrière à notre évolution et à notre fonctionnement. Et ce qui peut favoriser ce processus d'hypnose, le rendre plus efficace, c'est de lever les idées reçues sur l'hypnose elle-même et la façon dont on peut la pratiquer en séance. En voici cinq premières que j'entends et auxquelles je dois répondre régulièrement.

 

Les idées reçues, d'où viennent-elles ?

Elles sont véhiculées par la culture populaire, notamment les films et les dessins animés, mais également par le langage courant que nous employons. Si l'image de la pratique de l'hypnose est en cours de transformation en France, notamment dans les milieux du soin et de la relation d'aide où ces pratiques complémentaires peuvent venir soutenir et amplifier les thérapies suivies par ailleurs, on trouve encore dans bien des oeuvres culturelles et des discours non-spécialisées les traces non-actualisées de l'hypnose telle qu'elle se pratiquait en Europe fin XIXe, début XXe ou même dans les années 70's, 80's qui ont marqué aux Etats-Unis et en France du moins le renouveau de ces pratiques, avec une dimension plus humaniste et centrée sur la personne / adaptée à ses besoins spécifiques. Il y a aujourd'hui un décalage entre la façon dont on peut pratiquer l'hypnose en intégrant non-seulement le retour d'expérience sur les bienfaits et erreurs de nos prédécesseurs (qu'ils soient davantage cliniciens ou théoriciens ou les deux) et l'image extrêmement figé, souvent caricaturale et amusante, véhiculée par les non-spécialistes.  

Si ces représentations sont divertissantes et peuvent même constituer des supports d'analyse et des points de départ pour notre démarche de redéfinition - ou plutôt d'ajustement de la description - de l'hypnose, il s'agit dans cet article d'examiner et comprendre en quoi elles peuvent être fausse et même empêcher l'accès à une pratique fort aidante face à des troubles et peurs chroniques.

Dans cet article, nous allons en examiner 5 premières pour en évaluer la validité. 

 

1- Je vais m'endormir

Ce n'est pas le but. S'il peut arriver que l'on s'endorme, notamment avec les belles techniques d'hypnose relaxante traditionnelle, la méthode d'activation hypnotique TAC a au contraire pour objet d'activer les ressources de la personne, de lui permettre un état d'écoute, d'éveil ou en tout cas de veille très attentive, multi-sensorielle et la plupart du temps dynamique. Ce que François Roustang, qui a beaucoup travaillé pour nous cette question de la différence entre l'hypnose et le sommeil dans son ouvrage Qu'est-ce que l'hypnose, appelle la veille généralisée (par opposition à la veille restreinte qui est notre mode de fonctionnement le plus familier, encouragé par notre culture occidentale.

Pas de "Fais un somme" comme dans la chanson de ce rusé de serpent Kaa. ! En séance, certains explorants s'en étonnent : "j'entendais tout ce que vous disiez, en fait", "j'étais là-bas mais en même temps bien présent", "je ne me suis pas du tout endormi". 

Séance après séance, on expérimente et on apprend effectivement ce mode attentionnel spécifique qui ne nous est pas si familier et qui ne se rapproche d'ailleurs pas plus du sommeil que de la veille, si ce n'est du fait que l'on pratique le plus souvent les yeux clos (cela dépend des personnes, certains, certaines, notamment les petits, préfèrent garder les yeux ouverts ou alternent les yeux ouverts et fermés, ce qui fonctionne également). 

 

2- L'hypnotiste utilise son regard

Evidemment, on pense à Kaa, le serpent du Livre de la jungle et à ses yeux qui décrivent des spirales que l'on va retrouver dans les yeux du petit Mowgli. Si cette image communique bien les différents accordages nécessaires entre l'hypnotisé et l'hypnotiste - mais du reste comme dans toute démarche de communication, thérapeutique ou non, l'hypnose moderne en générale, et l'hypnose active en particulier utilise davantage l'influence de la voix et du langage. La plupart des gens pratiquent d'ailleurs les yeux fermés pour un plus grand degré de concentration, de ressenti et de visualisation. Le sens de la vue est pour une fois moins privilégié (et saturé) que dans notre vie quotidienne et ce repos du regard qui favorise l'activation d'autres sens participe d'ailleurs du ressourcement que procure une séance d'hypnose. Pas non plus, donc d'effet yeux-lampe de poche comme celui qu'utilise le devin de l'excellente scène des 12 travaux d'Astérix. 

 

3 - Je serai allongé.e sur un divan

Au contraire, l'hypnose active se pratique de préférence assis.e ou debout, ou même en marchant (donc de préférence les yeux ouverts !) lorsque pratiquée en autohypnose, de façon à ce que le corps participe de la démarche globale d'activation. 

La scène des 12 travaux d'Astérix présentée précédemment reflète cependant bien la position de face à face, sur des assises fermes, que nous adoptons lorsque nous pratiquons en séance ce que je nomme l'hypnose active, en assumant le pléonasme (nommée TAC par les soignants qui l'ont mise au point et enrichie au cours des 20 dernières années). 

La technique transmise au cours des séances peut bien-sûr être utilisée par l'explorant.e en autohypnose dès qu'elle/il le juge adéquat, y compris allongé.e autour de ses moments de sommeil. Mais en séance, c'est davantage la mise en mouvement par l'imaginaire qui est recherchée, sans concentration ni détente particulière, et surtout sans recherche d'immobilité, que la pensée puisse circuler, un peu à l'image de ce que font les danseurs. En séance, nous serons plus danseurs que penseurs. 

 

4- L'hypnose c'est magique

Alors bien-sûr, retrouver après quelques séances un sommeil de qualité après des mois, parfois des années d'insomnie, ou pouvoir enfin sortir se promener sans être saisi.e par des crises de paniques peut sembler assez magique aux personnes qui en font l'expérience. 

 Pourtant le fonctionnement hypnotique est tout à fait naturel et il est possible pour chacun.e d'apprendre et s'exercer à ce mode d'être au monde pour pouvoir à l'avenir l'activer lorsque cela lui est utile et agréable. L'hypnotiste ne fait qu'aider chacun.e, en fonction de sa problématique et de ses objectifs du moments, en fonction de son mode d'apprentissage aussi et de ses appétences, à s'activer de façon de plus en plus autonome, plus quotidienne, consciente et moins aléatoire.  

Ces savoirs, qui sont transmis sous la forme d'exercices synthétiques sont ceux qui ont été élaborés tout au long de notre histoire par des philosophes, artistes, médecins ou sportifs et qui sont aujourd'hui l'objet de certaines études scientifiques, notamment du côté des neuro-sciences. 

Pas donc de Fakir magicien là-dedans (comme dans les premières planches de Tintin Les 7 boules de cristal),  simplement une façon de fonctionner que la plupart d'entre nous connaîssent mal,  qui peut faire l'objet d'un apprentissage et qui gagnerait à faire partie de notre éducation et de notre culture générale (à des fins de bien-être et de prévention face aux modalités d'influence inter-subjective).

 

5 -  On est réceptif ou on ne l'est pas

"Je ne suis pas réceptif". C'est ce que l'on dit parfois lorsqu'on a fait une unique séance d'hypnose il y a quelques temps de cela et que ça n'a pas marché. Ce qui est juste, c'est que ça n'a pas marché, puisqu'on venait avec une problématique plus ou moins identifiée et qu'à la sortie de la séance, on n'a pas l'impression d'avoir avancé d'un pouce - on est même parfois bien déçu.e de l'expérience - en hypnose comme dans d'autres disciplines de l'accompagnement d'ailleurs. .

En revanche, la métaphore de la réception est assez inadaptée ou demande du moins à être précisée, complétée, questionnée. 

Parce que si les séances d'hypnose, et l'activation hypnotique en particulier, font intervenir un hypnotiste parlant et un hypnotisé écoutant, le caractère actif de la séance réside dans l'écoute active de ce dernier. Il n'est pas simple récepteur d'un message mais bien acteur d'un transformation qui se produit à partir des mots posés par l'hypnotiste. 

Si l'on a été non-réceptif un jour, dans cette séance particulière, à ce moment particulier ou sur cette problématique particulière, cela ne veut pas dire que l'hypnose ne fonctionne pas pour nous avec tous les hypnotistes et à tous moment. 

Il y a bien sûr une certaine fierté à n'être pas sensible à l'influence d'autre, ce que l'on confond avec le fait d'être dupe ou crédule. A fonctionner (prétendument) en full libre arbitre. 

 

 

 

 

 

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