Pratique de l’hypnose en temps de burn out

12 Avr 2026

Fondée sur des techniques de recherche et d'activation de ses ressources personnelles, l'apprentissage de l'auto-hypnose peut être une aide précieuse pour les personnes qui subissent un épuisement professionnel.

De l’épuisement professionnel à l’orientation de l’attention vers de nouveaux horizons.

Collage numérique illustrant la pratique de l'hypnose au temps du burn out

Plus d'énergie

Les personnes qui vivent un burn-out décrivent souvent l’impression d’être « à bout d’énergie », « vidées », « démotivées » ou « arrêtées », comme un mécanisme qui se serait grippé en cours de route et les laisseraient surprenamment sans ressources, comme démunis. Moi qui étais si sociable, je ne sors plus ; moi qui était si drôle, rien ne me vient plus, moi qui était si entreprenant, j'ai peur de tout.

 

On fait alors l’expérience de l’interruption du mouvement de l’existence et d’un état de confusion où les capacités d’attention sont altérées (parfois, la simple lecture d’un mail devient une tâche infranchissable, tout devient flou, la gorge se serre). C’est par le corps que la pause s’impose.

 

Cet épuisement de la volonté et de l’enthousiasme sont caractéristiques du burn out, notamment professionnel, et d’autant plus perturbant qu’on a été élevé dans le culte et le mythe de la sur-performance, de l'action continue, du volontarisme – « prendre sur soi», « quand on veut on peut », « ça va passer ».

Mais que faire quand ça ne passe pas ?

Il est fréquent que les personnes en burn out identifient très bien les événements, les causes factuelles, émotionnelles et comportementales (voire politiques, organisationnelles et sociologiques) qui les ont menées à cet état de vide sans pour autant parvenir à trouver les moyens de sortir de l’impasse, de repartir (quelle que soit la direction qui sera prise, mais de repartir). Les vieilles recettes de la volonté ne fonctionnent pas.

Rouvrir l'espace

Paradoxalement, s’ouvre alors un espace inexploré favorable à l'écoute de soi et de l’hors-de-soi que la pratique de l’hypnose peut aider, pour la première fois, à ménager et à naviguer, dans le but de retrouver ses capacités (d'abord) et d'identifier les courants d’une existence plus satisfaisante (ensuite).

Quitter le deuil, revivre, repartir, être une berge, un seuil - Edmond Rostand(1)

Cette exploration commence par une remise en mouvement physique, ancrée dans le réel, dans le présent, par le corps.

Par cette pratique psycho-corporelle qu’est l’hypnose, il se produit une reconnexion progressive avec ses ressentis, ses perceptions et les processus cognitifs qui étaient restés bloqués à une sorte de barrage à émotions construit on ne sait où et on ne sait quand au cours de notre parcours, et qui nous a condamné un temps à avancer comme privés du précieux GPS des sensations.

GPS des sensations qui nous aide pourtant à nous orienter dans la vie, dans nos relations, dans nos démarches manuelles et intellectuelles. Sensations agréables, satisfaisantes et joyeuses qui font le sel de l’existence. Sensations moins agréables voire franchement désagréables qui s’amplifie quand on les ignore et qui sont autant de balises pour nous alerter et nous repositionner dans le monde.

Bonjour tristesse, joie, etc...

Les exercices d’hypnose vont permettre de réautoriser en nous une connexion à ce qui est, une attention naturelle à ce qui circule et, cerise sur un excellent gâteau, à ce qui a été et peut toujours nous être agréable, joli, intéressant, utile, apprenant etc… (je vous laisse compléter la liste).    

Séance après séance, exercice après exercice, les é-motions reprennent leur rôle moteur à mesure qu’elles sont simplement reconnues, acceptées, observées, illustrées, nomées dans leur diversité. A mesure qu’elles nous (re)deviennent familières, elles cessent de briller par leur absence de manifestation explicite et leurs surgissements inopinés (crises de paniques, douleurs physiques).

Au cours du processus hypnotique, les curieux s’amusent à nommer ce qu’ils sentent et ressentent avec de plus en plus de finesse, à enrichir leur bibliothèque de sensations et à diversifier les teintes de leur spectre émotionnel à grand renfort d’images ou de mots (mais aussi de notes, d’odeurs, d’expériences de textures).

La grande colère se verra ainsi affinée selon le cas en :

  • « je suis énervée »,
  • « je suis irrité »,
  • « je suis hors de moi »,
  • « fâché tout rouge »
  • ou encore « contre vous, contre moi vainement je m’éprouve »… (2).

Le grand parapluie de la notion de bien-être prendra les nuances du

  • « me voilà satisfaite »,
  • « je suis bien détendu »,
  • « j’ai la sensation d’être dans mon élément »,
  • « je suis dans la zone ».

On découvre en explorateur un monde de plus en plus grand et de plus en plus riche que beaucoup d’entre nous ont longtemps ignoré, un monde de sensations, de possibilités et de compétences non-activées, mais toujours là, bien présentes.

De surcroît et dans un même mouvement, nous gagnons en facilité à parler de nos états émotionnels avec d’autres, avec nos proches eux-même impactés par cette situation que nous vivons. Nous pouvons le faire de façon imagée, semi-directe, humoristique de manière à ménager la sensibilité et la pudeur de chacun. Notre travail personnel acquiert une dimension plus collective.

Muscu de l'attention

Tout au long de cette remise en corps et en mouvement, les processus attentionnels s’assouplissent eux aussi, nous apprenons à les maintenir plus ou moins ouverts ou tunnelisés en fonction de ce que demandent les situations, de comment on le sent, aussi. À porter notre attention sur ce qui nous importe et nous rassure en cas de stress, et à la laisser voyager au gré des surprises que nous réserve un environnement qui nous plait. Sur la gamme de la vigilence au laisser être, nous gagnons en souplesse, en fluidité, en imagination, en capacité d’orientation face à ce qui surgit en nous et dans la vie.

De désorientés, nous réapprenons donc à nous orienter de nouveau au quotidien, avec l’attention comme navire et les émotions comme boussole. Mais nous apprenons aussi, pour l’avenir, à reconnaître l’approche, puis l’émergence de moments plus douloureux, décapacitants, écrasants, des moments de surcharge ou de perte de repères imminente, nous apprenons à activer les états attentionnels permettant de les traverser au mieux.

Dorénavant, parce que nous nous sommes entrainés, nous faisons attention à tout cela sans même y penser : à un certain rythme qui s’accélère dans nos vies, à nos capacités du moment à y répondre ou pas, aux émotions diverses qui se présentent alors. Nous nous rendons pleinement présents à l’expérience que nous vivons pour pouvoir imaginer en conséquence des horizons que nous jugeons favorables. Pouvoir repartir, regonflé, réaligné, ayant pris le temps. 

Alternance et équilibre

La pratique régulière de la transe permet alors de soutenir et d’informer nos autres états de conscience, notamment des états plus familiers où le mental et la volonté sont davantage agissants. Notre nouvelle habileté à lâcher prise quand il faut nourrit ainsi (et paradoxalement !) notre capacité à décider et à diriger notre action quand il faut.

Outre le bien être immédiat ressenti lors des exercices d'hypnose ou d'auto-hypnose, véritable bol d’air frais en situation de burnout, les bénéfices visés par la pratique sont donc un rééquilibrage progressif, physique et émotionnel, un accès renouvelé à des ressources propres oubliées et une plus grande capacité à imaginer des solutions originales face aux situations rencontrées.

Pour aller plus loin 

  1. extrait de Chantecler, texte d'Edmond Rostand
  2. tirade d'Hippolyte dans Phèdre, pièce de Jean Racine

Evidemment, quant on pratique l'hypnose, c'est pour recréer du mouvement, retrouver du champ d'action, défiger quelque chose qui fait barrière à notre évolution et à notre fonctionnement. Et ce qui peut favoriser ce processus d'hypnose, le rendre plus efficace, c'est de lever les idées reçues sur l'hypnose elle-même et la façon dont on peut la pratiquer en séance. En voici cinq premières que j'entends et auxquelles je dois répondre régulièrement.

 

Les idées reçues, d'où viennent-elles ?

Elles sont véhiculées par la culture populaire, notamment les films et les dessins animés, mais également par le langage courant que nous employons. Si l'image de la pratique de l'hypnose est en cours de transformation en France, notamment dans les milieux du soin et de la relation d'aide où ces pratiques complémentaires peuvent venir soutenir et amplifier les thérapies suivies par ailleurs, on trouve encore dans bien des oeuvres culturelles et des discours non-spécialisées les traces non-actualisées de l'hypnose telle qu'elle se pratiquait en Europe fin XIXe, début XXe ou même dans les années 70's, 80's qui ont marqué aux Etats-Unis et en France du moins le renouveau de ces pratiques, avec une dimension plus humaniste et centrée sur la personne / adaptée à ses besoins spécifiques. Il y a aujourd'hui un décalage entre la façon dont on peut pratiquer l'hypnose en intégrant non-seulement le retour d'expérience sur les bienfaits et erreurs de nos prédécesseurs (qu'ils soient davantage cliniciens ou théoriciens ou les deux) et l'image extrêmement figé, souvent caricaturale et amusante, véhiculée par les non-spécialistes.  

Si ces représentations sont divertissantes et peuvent même constituer des supports d'analyse et des points de départ pour notre démarche de redéfinition - ou plutôt d'ajustement de la description - de l'hypnose, il s'agit dans cet article d'examiner et comprendre en quoi elles peuvent être fausse et même empêcher l'accès à une pratique fort aidante face à des troubles et peurs chroniques.

Dans cet article, nous allons en examiner 5 premières pour en évaluer la validité. 

 

1- Je vais m'endormir

Ce n'est pas le but. S'il peut arriver que l'on s'endorme, notamment avec les belles techniques d'hypnose relaxante traditionnelle, la méthode d'activation hypnotique TAC a au contraire pour objet d'activer les ressources de la personne, de lui permettre un état d'écoute, d'éveil ou en tout cas de veille très attentive, multi-sensorielle et la plupart du temps dynamique. Ce que François Roustang, qui a beaucoup travaillé pour nous cette question de la différence entre l'hypnose et le sommeil dans son ouvrage Qu'est-ce que l'hypnose, appelle la veille généralisée (par opposition à la veille restreinte qui est notre mode de fonctionnement le plus familier, encouragé par notre culture occidentale.

Pas de "Fais un somme" comme dans la chanson de ce rusé de serpent Kaa. ! En séance, certains explorants s'en étonnent : "j'entendais tout ce que vous disiez, en fait", "j'étais là-bas mais en même temps bien présent", "je ne me suis pas du tout endormi". 

Séance après séance, on expérimente et on apprend effectivement ce mode attentionnel spécifique qui ne nous est pas si familier et qui ne se rapproche d'ailleurs pas plus du sommeil que de la veille, si ce n'est du fait que l'on pratique le plus souvent les yeux clos (cela dépend des personnes, certains, certaines, notamment les petits, préfèrent garder les yeux ouverts ou alternent les yeux ouverts et fermés, ce qui fonctionne également). 

 

2- L'hypnotiste utilise son regard

Evidemment, on pense à Kaa, le serpent du Livre de la jungle et à ses yeux qui décrivent des spirales que l'on va retrouver dans les yeux du petit Mowgli. Si cette image communique bien les différents accordages nécessaires entre l'hypnotisé et l'hypnotiste - mais du reste comme dans toute démarche de communication, thérapeutique ou non, l'hypnose moderne en générale, et l'hypnose active en particulier utilise davantage l'influence de la voix et du langage. La plupart des gens pratiquent d'ailleurs les yeux fermés pour un plus grand degré de concentration, de ressenti et de visualisation. Le sens de la vue est pour une fois moins privilégié (et saturé) que dans notre vie quotidienne et ce repos du regard qui favorise l'activation d'autres sens participe d'ailleurs du ressourcement que procure une séance d'hypnose. Pas non plus, donc d'effet yeux-lampe de poche comme celui qu'utilise le devin de l'excellente scène des 12 travaux d'Astérix. 

 

3 - Je serai allongé.e sur un divan

Au contraire, l'hypnose active se pratique de préférence assis.e ou debout, ou même en marchant (donc de préférence les yeux ouverts !) lorsque pratiquée en autohypnose, de façon à ce que le corps participe de la démarche globale d'activation. 

La scène des 12 travaux d'Astérix présentée précédemment reflète cependant bien la position de face à face, sur des assises fermes, que nous adoptons lorsque nous pratiquons en séance ce que je nomme l'hypnose active, en assumant le pléonasme (nommée TAC par les soignants qui l'ont mise au point et enrichie au cours des 20 dernières années). 

La technique transmise au cours des séances peut bien-sûr être utilisée par l'explorant.e en autohypnose dès qu'elle/il le juge adéquat, y compris allongé.e autour de ses moments de sommeil. Mais en séance, c'est davantage la mise en mouvement par l'imaginaire qui est recherchée, sans concentration ni détente particulière, et surtout sans recherche d'immobilité, que la pensée puisse circuler, un peu à l'image de ce que font les danseurs. En séance, nous serons plus danseurs que penseurs. 

 

4- L'hypnose c'est magique

Alors bien-sûr, retrouver après quelques séances un sommeil de qualité après des mois, parfois des années d'insomnie, ou pouvoir enfin sortir se promener sans être saisi.e par des crises de paniques peut sembler assez magique aux personnes qui en font l'expérience. 

 Pourtant le fonctionnement hypnotique est tout à fait naturel et il est possible pour chacun.e d'apprendre et s'exercer à ce mode d'être au monde pour pouvoir à l'avenir l'activer lorsque cela lui est utile et agréable. L'hypnotiste ne fait qu'aider chacun.e, en fonction de sa problématique et de ses objectifs du moments, en fonction de son mode d'apprentissage aussi et de ses appétences, à s'activer de façon de plus en plus autonome, plus quotidienne, consciente et moins aléatoire.  

Ces savoirs, qui sont transmis sous la forme d'exercices synthétiques sont ceux qui ont été élaborés tout au long de notre histoire par des philosophes, artistes, médecins ou sportifs et qui sont aujourd'hui l'objet de certaines études scientifiques, notamment du côté des neuro-sciences. 

Pas donc de Fakir magicien là-dedans (comme dans les premières planches de Tintin Les 7 boules de cristal),  simplement une façon de fonctionner que la plupart d'entre nous connaîssent mal,  qui peut faire l'objet d'un apprentissage et qui gagnerait à faire partie de notre éducation et de notre culture générale (à des fins de bien-être et de prévention face aux modalités d'influence inter-subjective).

 

5 -  On est réceptif ou on ne l'est pas

"Je ne suis pas réceptif". C'est ce que l'on dit parfois lorsqu'on a fait une unique séance d'hypnose il y a quelques temps de cela et que ça n'a pas marché. Ce qui est juste, c'est que ça n'a pas marché, puisqu'on venait avec une problématique plus ou moins identifiée et qu'à la sortie de la séance, on n'a pas l'impression d'avoir avancé d'un pouce - on est même parfois bien déçu.e de l'expérience - en hypnose comme dans d'autres disciplines de l'accompagnement d'ailleurs. .

En revanche, la métaphore de la réception est assez inadaptée ou demande du moins à être précisée, complétée, questionnée. 

Parce que si les séances d'hypnose, et l'activation hypnotique en particulier, font intervenir un hypnotiste parlant et un hypnotisé écoutant, le caractère actif de la séance réside dans l'écoute active de ce dernier. Il n'est pas simple récepteur d'un message mais bien acteur d'un transformation qui se produit à partir des mots posés par l'hypnotiste. 

Si l'on a été non-réceptif un jour, dans cette séance particulière, à ce moment particulier ou sur cette problématique particulière, cela ne veut pas dire que l'hypnose ne fonctionne pas pour nous avec tous les hypnotistes et à tous moment. 

Il y a bien sûr une certaine fierté à n'être pas sensible à l'influence d'autre, ce que l'on confond avec le fait d'être dupe ou crédule. A fonctionner (prétendument) en full libre arbitre. 

 

 

 

 

 

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