Tenter l’hypnose, cette joyeuse activation de nos propres ressources

12 Avr 2026

On ne les connait pas bien, on les méconnait même. On ne nous les a que rarement montré. On les a donc peu regardé, peu cultivées, peu activées (pour reprendre un terme dynamique propre à l'hypnose active). Et pourtant, elles sont bien là ces choses qui nous  ressources, en arrière plan, comme les étoiles invisibles dans le ciel trop lumineux des villes et qui redeviennent visibles pour s'orienter par le ciel nocturne des bocages, sitôt les réverbères éteints.

Collage numérique représentant les ressources à mobiliser en hypnose selon Milton Erickson

L’hypnose, la restauration et l’entretien des ressources

Il y a une continuité entre ma formation initiale en sciences environnementales et mon métier de praticienne en hypnose. J’ai longtemps cherché à qualifier cette continuité de sens que je donnais à mon action concourante dans l’un et l’autre de mes domaines d’activité et l’un des objectifs communs de ces deux champs de recherche m'est apparu être le suivant :

Contribuer à préserver et cultiver nos ressources, personnelles et collectives.

En écrivant cet article, j’ai eu besoin, comme souvent, de revenir à la définition des termes, en l’occurrence du mot ressource. Voici une des définitions que nous trouvons dans le dictionnaire de l’Académie Française [1] :

Ressources : Souvent au pluriel. Capacité que l’on peut mettre en œuvre dans quelque entreprise. Ressources physiques, intellectuelles, morales. Les ressources de l’esprit, de l’imagination. C’est un homme plein de ressources, un homme de ressources. Trouver des ressources en soi-même ou, moins souvent, de la ressource en soi-même. Fig. Employer toutes les ressources d’une langue.

Identifier et valoriser ses ressources, même ou surtout les plus simples

Au milieu du XXe siècle, Milton Erickson bouleversait la pratique de l’hypnose en introduisant la notion d’un inconscient bienveillant qui constituerait une sorte de réservoir de ressources, de connaissances, de savoirs à notre disposition ou bien encore activables - selon le vocabulaire des praticiens des TAC, pour atteindre notre objectif d’amélioration ou de bien-être. Le praticien Erickson travaillait à partir de ce qui chez la personne peut-être utile à la personne, cet utile à découvrir avec la personne dans une Approche Centrée sur la Personne finalement très proche de celle théorisée par son contemporain Carl Rogers.

Avec Erickson, l’hypnose perdait son caractère descendant (top-down) tel qu'il persiste dans l'imaginaire de l'hypnose spectacle et où la solution viendrait du seul hypnotiseur sous la forme d'une injonction et prenait l’allure d’une alliance entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé, ceux-ci partant ensemble par la voie de la proposition et de la suggestion dans l'exploration de ce qui est susceptible d’aider l'hypnotisé à se remettre en mouvement, à se ressourcer justement.

En séance d’hypnose, nous effectuons ce travail d’activation de vos ressources internes conscientes ou moins conscientes d’ailleurs, de ces capacités bien présentes en chacun de nous mais avec lesquelles il nous arrive de perdre contact au gré des événements de la vie si on n’y prend garde, si on n’y fait pas attention.

Ces ressources sont pourtant bien là, sous forme de goûts ou de souvenirs, prêtes à être réactivées, redécouvertes, remobilisées pour être mises au service de l’entreprise de changement individuel que constitue l’évolution d’un état problématique ou inconfortable vers un état de mieux être et d’amélioration du quotidien. Elles sont là ces ressources comme les étoiles invisibles dans le ciel trop lumineux des villes (ou de notre hyperactivité mentale) et qui redeviennent visibles en campagne sitôt les réverbères éteints.

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre

Nous pouvons chacune et chacun compter sur un alliage de ressources internes et de capacités qui nous est tout à fait singulier.

Telle personne pourra compter sur son sens de l’organisation, ou son sens du rythme si elle est musicienne, tandis qu’avec telle autre nous irons mobiliser sa capacité naturelle à prendre les choses du bon côté. Ce jardinier passionné pourra se reconnecter à sa connaissance de la notion de processus et son savoir-cultiver les choses dans la durée quand cette gymnaste semi-professionnelle s’appuiera pour évoluer sur ses aptitudes sensori-motrices et proprioceptives, à savoir, se situer très précisément dans l’espace où elle évolue.

L’expression ou la redécouverte de ces différentes ressources propres est un mouvement qui à la fois accompagne, soutient et résulte de la pratique de l’hypnose.

Lorsque la personne s’autorise à évoquer ce que j’appelle son déjà-là capacitaire, c’est toujours une étape de notre travail commun à la fois joyeuse, encapacitante et ressourçante en elle-même.

Les ressources en dehors de nous

Le dictionnaire de l’Académie Française nous donne un autre sens du terme ressources, cette définition est même celle qui arrive en premier [2].

Ressource : Moyen auquel on recourt pour se tirer d’embarras ou surmonter une difficulté.

Cette nouvelle définition nous autorise à considérer des ressources externes qui ne se trouvent pas seulement et directement en nous (au sens de capacités considéré plus haut) mais autour de nous, dans notre environnement physique ou relationnel.

Des ressources externes qui nous font du bien sont donc également mobilisées lors du travail hypnotique. Même lorsqu’elles ne sont plus directement accessibles par l’expérience, elles peuvent être convoquées et réactivées grâce à la puissance de notre mémoire et de leur évocation au cours du récit hypnotique.

Untel trouvera du réconfort dans une présence amicale, tel autre dans la pratique d’une activité créative pour laquelle il n’a pourtant pas de talent particulier, tandis que celle-ci trouvera un bien-être très actif dans le fait de ne rien faire, de temps en temps, et de simplement goûter la sensation de l'air sur son visage, mais par n’importe lequel, un air charriant des senteurs de jasmin ou de mimosa.

Il est également fréquent que les personnes désignent des lieux familiers, calmes, naturels, non artificialisés, riches en biodiversité comme ressources, comme cadre essentiel à leur ressourcement.

Au moins deux champs de ressources clés

Et puis enfin, il y a certaines de nos ressources qui vont être particulièrement mobilisées et réactivées dans le travail d’hypnose active. Ce sont les ressources de l’esprit, de l’imagination (évoquées spécifiquement dans la définition de l’Académie) et les ressources attentionnelles auxquelles s’intéressent de plus en plus de philosophes et chercheurs en psychologie.

Les ressources attentionnelles

Comme le soutient le philosophe Yves Guitton dans son fameux ouvrage Pour une écologie de l’attention, nos ressources attentionnelles rendues accessibles par le développement des technologies de l’information et de la communication modernes sont de plus en plus convoitées, et monnayées, et pourraient bel et bien être en voie d’épuisement à l’instar des fameuses ressources naturelles non-renouvelables de la planète. C'est ce qui se joue souvent en temps de burn out ou épuisement professionnel en français (voir l'article Pratique de l'hypnose en temps de burn out)

Les séances d’hypnose opèrent comme un véritable « massage de l’attention », attention que l’on oriente et que l’on assoupli, que l’on détend d’un même mouvement lors de la pratique à l’aide de la voix, des mots choisis et des silences et dans un but de régénération. Un peu comme un kinésithérapeute qui travaille la détente du muscle tout en guidant la personne vers certains mouvements de rééducation.

L’espace ouvert en séance d’hypnose est ainsi un espace où la personne va pouvoir mobiliser son attention pour la mettre au service du but qu’elle s’est fixé. Les exercices à travers lesquels elle sera guidée vont lui permettre de se familiariser, d’identifier et d’apprendre le fonctionnement de cette fameuse attention et d’acquérir la capacité de l’orienter ou de la déplacer à tout moment pour enclencher le processus d’engagement dans la direction la plus utile et… ressourçante pour elle.  

Les ressources de l'imagination

Lors du guidage hypnotique lui-même, ce sont toutes nos capacités d’imagination qui sont convoquées, c’est-à-dire nos facultés de nous représenter quelque chose avec

l’esprit (le dico de l’Académie, encore lui !). Les suggestions hypnotiques du praticien sont un peu comme des évocations auxquelles chacun répond (ou pas) à sa manière, avec son imagination, en fonction de ce qui lui parle et le met en mouvement. Comme lorsque l’on regard un film, sauf que dans le cadre d’une séance d’hypnose, le film est adapté à vos besoins d’évolution et réalisé par vous-même à partir d’un scénario très flou dispensé par l’hypnothérapeute.

Pratiquer l’hypnose = Se ressourcer

On en sait maintenant davantage sur les ressources que les séances d’hypnose peuvent permettre de mobiliser pour avancer vers nos objectifs de mieux-être, quels qu’ils soient (voir le champ large et non-limitatif des applications de la méthode hypnotique). Il reste encore beaucoup à découvrir sur les bienfaits de la pratique hypnotique et le fonctionnement du corps-esprit qu’elle convoque. Mais si ces ressources sont les moyens convoqués en hypnose, l’une des fins visées reste toujours quelque part pour la personne de se ressourcer, un verbe qui se conjugue joliment comme Avancer dans le dictionnaire de l’Académie à qui je laisserai le dernier mot pour définir ce bénéfice essentiel des séances d’hypnose :

RESSOURCER (SE) conjugaison verbe pronominal Conjugaison : (se conjugue comme Avancer). Trouver un nouvel élan, une énergie nouvelle en revenant vers ce qui paraît essentiel, fondamental[3].

Evidemment, quant on pratique l'hypnose, c'est pour recréer du mouvement, retrouver du champ d'action, défiger quelque chose qui fait barrière à notre évolution et à notre fonctionnement. Et ce qui peut favoriser ce processus d'hypnose, le rendre plus efficace, c'est de lever les idées reçues sur l'hypnose elle-même et la façon dont on peut la pratiquer en séance. En voici cinq premières que j'entends et auxquelles je dois répondre régulièrement.

 

Les idées reçues, d'où viennent-elles ?

Elles sont véhiculées par la culture populaire, notamment les films et les dessins animés, mais également par le langage courant que nous employons. Si l'image de la pratique de l'hypnose est en cours de transformation en France, notamment dans les milieux du soin et de la relation d'aide où ces pratiques complémentaires peuvent venir soutenir et amplifier les thérapies suivies par ailleurs, on trouve encore dans bien des oeuvres culturelles et des discours non-spécialisées les traces non-actualisées de l'hypnose telle qu'elle se pratiquait en Europe fin XIXe, début XXe ou même dans les années 70's, 80's qui ont marqué aux Etats-Unis et en France du moins le renouveau de ces pratiques, avec une dimension plus humaniste et centrée sur la personne / adaptée à ses besoins spécifiques. Il y a aujourd'hui un décalage entre la façon dont on peut pratiquer l'hypnose en intégrant non-seulement le retour d'expérience sur les bienfaits et erreurs de nos prédécesseurs (qu'ils soient davantage cliniciens ou théoriciens ou les deux) et l'image extrêmement figé, souvent caricaturale et amusante, véhiculée par les non-spécialistes.  

Si ces représentations sont divertissantes et peuvent même constituer des supports d'analyse et des points de départ pour notre démarche de redéfinition - ou plutôt d'ajustement de la description - de l'hypnose, il s'agit dans cet article d'examiner et comprendre en quoi elles peuvent être fausse et même empêcher l'accès à une pratique fort aidante face à des troubles et peurs chroniques.

Dans cet article, nous allons en examiner 5 premières pour en évaluer la validité. 

 

1- Je vais m'endormir

Ce n'est pas le but. S'il peut arriver que l'on s'endorme, notamment avec les belles techniques d'hypnose relaxante traditionnelle, la méthode d'activation hypnotique TAC a au contraire pour objet d'activer les ressources de la personne, de lui permettre un état d'écoute, d'éveil ou en tout cas de veille très attentive, multi-sensorielle et la plupart du temps dynamique. Ce que François Roustang, qui a beaucoup travaillé pour nous cette question de la différence entre l'hypnose et le sommeil dans son ouvrage Qu'est-ce que l'hypnose, appelle la veille généralisée (par opposition à la veille restreinte qui est notre mode de fonctionnement le plus familier, encouragé par notre culture occidentale.

Pas de "Fais un somme" comme dans la chanson de ce rusé de serpent Kaa. ! En séance, certains explorants s'en étonnent : "j'entendais tout ce que vous disiez, en fait", "j'étais là-bas mais en même temps bien présent", "je ne me suis pas du tout endormi". 

Séance après séance, on expérimente et on apprend effectivement ce mode attentionnel spécifique qui ne nous est pas si familier et qui ne se rapproche d'ailleurs pas plus du sommeil que de la veille, si ce n'est du fait que l'on pratique le plus souvent les yeux clos (cela dépend des personnes, certains, certaines, notamment les petits, préfèrent garder les yeux ouverts ou alternent les yeux ouverts et fermés, ce qui fonctionne également). 

 

2- L'hypnotiste utilise son regard

Evidemment, on pense à Kaa, le serpent du Livre de la jungle et à ses yeux qui décrivent des spirales que l'on va retrouver dans les yeux du petit Mowgli. Si cette image communique bien les différents accordages nécessaires entre l'hypnotisé et l'hypnotiste - mais du reste comme dans toute démarche de communication, thérapeutique ou non, l'hypnose moderne en générale, et l'hypnose active en particulier utilise davantage l'influence de la voix et du langage. La plupart des gens pratiquent d'ailleurs les yeux fermés pour un plus grand degré de concentration, de ressenti et de visualisation. Le sens de la vue est pour une fois moins privilégié (et saturé) que dans notre vie quotidienne et ce repos du regard qui favorise l'activation d'autres sens participe d'ailleurs du ressourcement que procure une séance d'hypnose. Pas non plus, donc d'effet yeux-lampe de poche comme celui qu'utilise le devin de l'excellente scène des 12 travaux d'Astérix. 

 

3 - Je serai allongé.e sur un divan

Au contraire, l'hypnose active se pratique de préférence assis.e ou debout, ou même en marchant (donc de préférence les yeux ouverts !) lorsque pratiquée en autohypnose, de façon à ce que le corps participe de la démarche globale d'activation. 

La scène des 12 travaux d'Astérix présentée précédemment reflète cependant bien la position de face à face, sur des assises fermes, que nous adoptons lorsque nous pratiquons en séance ce que je nomme l'hypnose active, en assumant le pléonasme (nommée TAC par les soignants qui l'ont mise au point et enrichie au cours des 20 dernières années). 

La technique transmise au cours des séances peut bien-sûr être utilisée par l'explorant.e en autohypnose dès qu'elle/il le juge adéquat, y compris allongé.e autour de ses moments de sommeil. Mais en séance, c'est davantage la mise en mouvement par l'imaginaire qui est recherchée, sans concentration ni détente particulière, et surtout sans recherche d'immobilité, que la pensée puisse circuler, un peu à l'image de ce que font les danseurs. En séance, nous serons plus danseurs que penseurs. 

 

4- L'hypnose c'est magique

Alors bien-sûr, retrouver après quelques séances un sommeil de qualité après des mois, parfois des années d'insomnie, ou pouvoir enfin sortir se promener sans être saisi.e par des crises de paniques peut sembler assez magique aux personnes qui en font l'expérience. 

 Pourtant le fonctionnement hypnotique est tout à fait naturel et il est possible pour chacun.e d'apprendre et s'exercer à ce mode d'être au monde pour pouvoir à l'avenir l'activer lorsque cela lui est utile et agréable. L'hypnotiste ne fait qu'aider chacun.e, en fonction de sa problématique et de ses objectifs du moments, en fonction de son mode d'apprentissage aussi et de ses appétences, à s'activer de façon de plus en plus autonome, plus quotidienne, consciente et moins aléatoire.  

Ces savoirs, qui sont transmis sous la forme d'exercices synthétiques sont ceux qui ont été élaborés tout au long de notre histoire par des philosophes, artistes, médecins ou sportifs et qui sont aujourd'hui l'objet de certaines études scientifiques, notamment du côté des neuro-sciences. 

Pas donc de Fakir magicien là-dedans (comme dans les premières planches de Tintin Les 7 boules de cristal),  simplement une façon de fonctionner que la plupart d'entre nous connaîssent mal,  qui peut faire l'objet d'un apprentissage et qui gagnerait à faire partie de notre éducation et de notre culture générale (à des fins de bien-être et de prévention face aux modalités d'influence inter-subjective).

 

5 -  On est réceptif ou on ne l'est pas

"Je ne suis pas réceptif". C'est ce que l'on dit parfois lorsqu'on a fait une unique séance d'hypnose il y a quelques temps de cela et que ça n'a pas marché. Ce qui est juste, c'est que ça n'a pas marché, puisqu'on venait avec une problématique plus ou moins identifiée et qu'à la sortie de la séance, on n'a pas l'impression d'avoir avancé d'un pouce - on est même parfois bien déçu.e de l'expérience - en hypnose comme dans d'autres disciplines de l'accompagnement d'ailleurs. .

En revanche, la métaphore de la réception est assez inadaptée ou demande du moins à être précisée, complétée, questionnée. 

Parce que si les séances d'hypnose, et l'activation hypnotique en particulier, font intervenir un hypnotiste parlant et un hypnotisé écoutant, le caractère actif de la séance réside dans l'écoute active de ce dernier. Il n'est pas simple récepteur d'un message mais bien acteur d'un transformation qui se produit à partir des mots posés par l'hypnotiste. 

Si l'on a été non-réceptif un jour, dans cette séance particulière, à ce moment particulier ou sur cette problématique particulière, cela ne veut pas dire que l'hypnose ne fonctionne pas pour nous avec tous les hypnotistes et à tous moment. 

Il y a bien sûr une certaine fierté à n'être pas sensible à l'influence d'autre, ce que l'on confond avec le fait d'être dupe ou crédule. A fonctionner (prétendument) en full libre arbitre. 

 

 

 

 

 

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